01.12.2009

"Je suis un SDF de luxe" (Bernard)

Si la richesse de Bernard était l'amour, il était surement milliardaire. Je l'aimais bien Bernard, mais il est mort cette nuit dans la rue, près du métro Saint Jean. Il chantait "Ave Maria" sur les pavés glissants.

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J'ai parfois si peur. J'ai peur d'avoir peur parce que je sais que la Peur m'attire. L'adrénaline, lorsqu'un homme me court après dans la rue "Hé Mademoiselle..." J'ai manqué le viol de justesse dimanche soir, et tout n'a été qu'une question de chances et de curieuses coïncidences. Cet homme habite à deux rues de chez moi, je connais son prénom et surtout son intelligence, et cette façon machiavélique de s'en servir pour mettre les filles dans son lit. Ignoble. De toute façon, les hommes m'inspirent le dégoût. Je suis prête à me jeter dans la gueule du loup, pour me faire du mal. "Regarde, tu ne vaux pas mieux que ça."

"J'ai évolué Maman. Avant lorsqu'on se disputait, je me scarifiais ou me faisais vomir. Mais c'est du passé tout ça et tu ne l'apprends que maintenant." Un dialogue de sourdes, je me sens redevenir gamine. Je ne pleure plus mais quitte la maison en courant. Vite à Lyon dans ce pseudo-chez moi. Vite, je vais aller trouver Mazda parce que j'ai besoin de ses paroles réconfortantes, de son humanité. Je ne suis pourtant pas naïve, et mes amies le sont encore moins que moi. Nous sommes toutes tombées dans le panneau. Et je serais prête à parier que toutes les filles tombent dans son piège. C'est pourtant incroyable : comment peut on paraitre humain et sensible dans le seul but d'être inhumain, de mettre sa culture à un tel profit? Quelque chose m'échappe, ce monde m'horrifie et je ne le comprends pas. "Mazda? Ambre a manqué de se faire violé par ce type." J'ai pu sentir la tension dans mes épaules, que je portais depuis deux jours (depuis ma rencontre avec cet iranien) sans même m'en rendre compte. L'extrême fatigue, les larmes devant "les enfants de Don Quichotte" que j'ai vu vendredi soir, Mazda, la dispute avec mes parents, ces mots dégueulés devant mon frère, le regard doux et boulversant de Paul qui ne pourra jamais parler ni être comme les autres, cette fille maigre à qui j'ai donné deux euros...le tout, pas digéré, et qui pèse lourd.

Photo: Décembre 2006, opération tentes sur les quais de Seine.

 

18.11.2009

"Sometimes the past is something you just can't let go of. And sometimes the past is something we'll do anything to forget."

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Perdue.

Une brusque envie d'alcool, ce qui ne me ressemble vraiment pas. Je n'ai que ça à faire.

Photo : De gauche à droite, mes amis du moment : Dr Stevens, Dr O'Malley, Dr Webber, Dr Yang, Dr Karev, Dr Bailey, Dr Burke, Dr Grey et Dr Shepherd= Mes matinées, mes après-midis, mes tristes soirées..ma putain de vie.

12.11.2009

"Tu n'es pas mieux maintenant que tu as revu tout le monde, toi qui ne voulais pas venir?" "Ben non. Mais ça ne me dérange pas tant que ça."

Vertige. Trop de gens, j'écoute. Les remarques, je n'ai pas le temps de toutes les encaisser. Je mets ma sourdine et la pièce tourne. Ce self de mes repas-tortures, où je me suis trainée pendant trois ans. Il y a des gateaux partout, les gens heureux de se revoir, c'est l'apothéose de tous mes complexes et de mes frayeurs, le reflet de mes échecs. Mais j'ai bien bouclé tout ça : ils m'ont tous crue, encore. C'est fini maintenant, il ne reste plus que cette nostalgie qui me file la nausée.

  • "Vous avez l'air en forme, bien mieux que l'an passé."
  • "Surtout, n'oubliez pas : mangez! Bon, je suis un peu lourde mais c'est important de manger quand on fait des études." (Ces premières phrases sont celles de ma prof de philo, un être extraordinaire. C'est pour elle et pour ma prof de littérature (7ème remarque) que je suis venue. Ces personnes ont changé ma vie, m'ont aidée à aller mieux)
  • "C'est joli vos cheveux, vous en avez bien plus qu'en Terminale."
  • "Salomé, tes cheveux me font penser à une série des années 80." "
  • "En latin, vous auriez pu faire bien mieux."
  • "En Anglais Spé, vous auriez pu faire bien mieux."
  • "Vous êtes...ah j'aime les élèves comme vous! Vous me rendez mes livres six mois après, et je suis si heureuse! Vous auriez pu les garder mais non, vous me les avez rendus!"
  • "T'arrêtes la fac, t'es une fille comme ça toi? Bah, t'as raison d'arrêter maintenant. Fais ce qu'il te plait."
  • "Tu fais quoi maintenant? Rien? Ah, c'est pas bien!"
  • "T'as pas changé."
  • "T'as trop changé!"

Le diplôme que j'ai reçu est plié en huit dans la poche de mon pantalon. Comme le prospectus qu'on m'a donnée dans la rue cet après midi.

 

EDIT du 14/11/09: Je craque. La semaine à venir, je m'installe dans un bar et j'attends l'Inconnu.